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Du bœuf sans bœuf : bientôt une réalité ?

Le Frankenburger et son créateur néerlandais, Mark Post.

En 2013, Mark Post, chercheur néerlandais de l'université de Maastricht présentait le "Frankenburger" à base de viande in-vitro. Sa particularité ? Le steak du burger a été créé à partir de cellules souches de vrais animaux, mais qui se sont développées en laboratoire pour développer artificiellement ex-vivo un steak. Cette viande de bœuf, créée sans le bœuf donc, est composée de tissus identiques à ceux de la viande habituelle issue de l'élevage, et elle a une texture et un goût similaire. Le premier steak coûtait la jolie somme de $ 250 000 ! Aujourd'hui, les prix ont bien baissé, et la commercialisation d'une viande in-vitro s'éloigne de plus en plus de la science-fiction.

La viande in-vitro est-elle un avenir souhaitable pour l'alimentation et pourra-t-elle devenir une réalité ? Nous vous en disons plus sur cette innovation en pleine expansion.

Comment "crée"-t-on de la viande ?

La viande in-vitro, appelée aussi viande artificielle, synthétique, cultivée ou viande propre est une viande produite à partir de cellules prélevées sur des animaux (poulet, vache ou cochon selon la viande produite). Les chercheurs (et bientôt producteurs) réalisent une biopsie sur l'animal et récupèrent alors les cellules. Celles-ci se multiplient alors rapidement dans des cuves qui contiennent un liquide de croissance. Ce liquide est notamment composé d'eau, de sucre, d'acides aminés, de vitamines et de minéraux. La croissance est ensuite stoppée et un processus provoqué permet aux cellules de s'agglomérer et de créer alors de nouvelles fibres musculaires, formant de la viande (plus d'informations sur les étapes de fabrication ici - en anglais).

Si ce procédé se rapprochait au début de la science-fiction et semblait difficile à mettre en place notamment en raison des coûts engendrés très élevés, il s'est suffisamment amélioré pour qu'on anticipe une mise sur le marché dans les prochaines années avec un prix visé par certains de $11 par steak en 2020.
De nombreux acteurs se sont positionnés sur ce marché : des start-up se développent (l'américaine
Memphis Meat, la néerlandaise Mosa Meat ou encore l'israélienne SuperMeat), les très grandes entreprises s'y intéressent de près (Bell Food Group, un des leaders européens de la filière de la viande, a investi des millions sur le sujet), et des personnalités comme Bill Gates ont investi dans des entreprises du secteur. Par ailleurs, l'administration américaine a ouvert la voie en 2018 à la commercialisation de cette "viande propre". Le moment où nous y goûterons n'est donc peut-être pas si lointain.

Une innovation intéressante répondant aux enjeux actuels

Selon une étude Ipsos menée en Belgique pour l'association GAIA (organisation de défense des animaux en Belgique, ouvertement très favorable au développement du procédé), 42% des personnes interrogées disent avoir une impression plutôt positive de la viande cultivée, 43% une impression neutre et seules 15% disent avoir une impression négative.

Les défenseurs de la viande in-vitro voient cette innovation comme une avancée aux nombreux impacts positifs :
- pour le défi de l'alimentation mondiale : la viande in-vitro permettrait de répondre au grand défi de la croissance démographique et de l'alimentation de 9,7 milliards d'hommes et de femmes de la planète en 2050 (chiffre ONU)
- pour l'environnement : en diminuant l'élevage intensif, cette viande dite "ex-vivo" permettrait de réduire l'impact environnemental très négatif induit par l'élevage. En effet, l'élevage animal représente 14% des émissions mondiales de CO2 et 15 000 litres d'eau sont nécessaires à la production d'un kilogramme de bœuf. A titre de comparaison,
les 5 plus gros producteurs de viande et de lait polluent plus que les 3 plus gros pétroliers.
- pour le bien-être animal : ce procédé de fabrication ex-vivo permettrait d'éviter des souffrances animales liées à une vie d'élevage et à l'abattage
- et enfin pour la santé : la viande artificielle permettrait de réduire les risques sanitaires liés aux élevage (salmonelle et autres maladies animales)

Tous ces arguments ne suffisent pas à convaincre aujourd'hui tout le monde.

La viande propre est-elle réellement une révolution positive ?

Bien entendu, cette innovation ne rencontre pas une approbation générale. Si les industriels du secteurs présentent cette viande propre comme une innovation majeure pour la planète et la santé, certains critiquent vivement ce produit "superindustrialisé", non naturel, qui manipule du vivant. En effet, la viande in-vitro provoque le passage de l'élevage de la viande à la culture de la viande.

Quant aux bénéfices précédemment avancés, ceux-ci sont contrebalancés :
- la viande ex-vivo n'éradique pas les risques sanitaires liés à la viande puisque ceux-ci sont aussi liés à la conservation de la viande et pas seulement à l'élevage des bêtes
- l'impact environnemental positif fait aujourd'hui débat. Jean-François Hoquette, directeur de recherche à l'INRA, indique ainsi que "sur le plan environnemental, il est difficile d'évaluer l'impact de ce procédé car il n'existe pas encore d'usine de production de viande artificielle".
- surtout, le liquide de croissance dans lequel prolifèrent les cellules requiert un produit très vivement critiqué : le serum de veau fœtal. Ce serum est issu de l'embryon de veau qui est alors tué. D'un point de vue éthique, cela pose de très grosses questions, et l'entreprises Mosa Meat a déjà indiqué qu'elle ne commercialiserait pas de viande artificielle réalisée à partir de ce produit animal. Etant donné l'état d'avancement, la création de viande artificielle nécessite donc encore l'abattage d'animaux.

Cette innovation est-elle la naissance d'un monstre de l'industrie agro-alimentaire ou bien est-elle la révolution sauveuse de la planète et de l'Homme ? Comme toujours, nous vous laissons bien entendu juges (et n'avons d'ailleurs chez Pouloulou pas d'avis réellement tranché).
Pour certains, c'est une révolution. Ainsi, Yuval Noah Harari, auteur du best-seller international Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, indique : "grâce à l’agriculture cellulaire, il se pourrait que les humains cessent bientôt d’élever et d’abattre des animaux de rente par milliards. Dans un avenir relativement proche, nous regarderons peut-être l’élevage industriel comme nous regardons l’esclavage aujourd’hui : un chapitre sombre de l’histoire de l’humanité, que nous avons heureusement laissé derrière nous."

Infographie sur la viande in-vitro - steak in-vitro - viande propre

Pour aller plus loin
Nous vous partageons des anecdotes amusantes. Nous parions que vous allez épater vos collègues et amis !

  • Le premier steak in-vitro pesait 142 grammes. Coûtant $250 000, il revenait donc à plus de $1,7 million /kg !
  • L'organisation des Nation Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime la hausse de la consommation de viande de 229 millions de tonnes en 1999/2000 à 465 millions de tonnes en 2050, soit une consommation doublée en 50 ans
  • En 1932, Winston Churchill écrivait dans son livre Thoughts and adventures : « Dans cinquante ans, nous échapperons à l’absurdité d’élever un poulet entier afin de manger le pectoral ou l’aile, en cultivant ces pièces séparément dans un milieu approprié… »
  • Pour aller plus loin sur le sujet et découvrir les arguments des défenseurs de la viande in-vitro, vous pouvez consulter le livre Clean Meat, comment la viande cultivée va révolutionner notre alimentation (2018) de Paul Shapiro et sa conférence TEDx disponible en vidéo (en anglais) 

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