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Les réseaux sociaux et l'alimentation durable, une histoire d'amour?

Manger est un acte primaire pour l’homme, synonyme (en particulier pour les français) de partage. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, le phénomène du foodporn (terme qui découle du « gastroporn » utilisé dès 1977 pour évoquer les livres de recettes de Paul Bocuse) a explosé. Il s’agit de photographier sa nourriture et de la partager avec ses amis et ses abonnés. En 2016, l’enquête menée par l’enseigne de supermarché Waitrose révèle que poster des photos de ses aliments, des lieux où l’on mange ou encore des marques que l’on consomme est devenu une forme de mise en valeur et d’expression de soi. Si l’on sait que la production agricole représente 19% des émissions de gaz à effet de serre en France, nous pouvons nous interroger à propos de l’influence des réseaux sociaux sur nos choix éco-alimentaires.

La fabuleuse capacité des réseaux à influencer nos goûts

L'effet papillon d'une photo d'avocado toast

A travers les réseaux, ce sont plus d’un milliard d’interactions autour de la « food » qui sont réalisées chaque mois. Des chiffres qui appuient la thèse de Catherine Lejealle, docteure en sociologie. Elle explique que les réseaux ont tout d’abord un impact prescriptif : on voit ce que les influenceurs mangent, dans quel restaurant et cela crée un engouement autour de ce restaurant ou ce produit. Or à l’échelle mondiale, cela peut entrainer des conséquences désastreuses. Cité plus de 8 millions de fois sur les réseaux ces dernières années, le #avocadotoast en est un exemple. Pour le Mexique, principale région productrice d’avocats, ce fut d’abord une opportunité économique. Mais la production d’avocat est gourmande en eau (1000 litres d’eau pour un kilo d’avocats) et en espace. Pour répondre à la demande, les producteurs locaux ont dû rapidement raser illégalement des forêts au détriment des autres cultures nourricières et de la faune locale.

Quand manger devient une identité

Catherine Lejealle nous dit également que les réseaux ont un impact sur la construction identitaire : la fameuse phrase « je mange donc je suis » prend une nouvelle dimension sur les réseaux. On découvre alors les pouvoirs vertueux des réseaux pour encourager les followers à tendre vers des modèles alimentaires plus éco-responsables. Prenons la tendance végétarienne et vegan. On ne compte plus le nombre de comptes créés, de publications et de hashtags qui inondent aussi bien Twitter, Instagram que Tik-Tok. Autant de photos ou de 140 caractères auxquels les abonnés sont exposés qui les informent et les inspirent quotidiennement dans leurs choix alimentaires. On note ainsi une explosion des recettes 100% légumes, de salades aux graines oubliées ou encore de solutions alimentaires ludiques pour remplacer les protéines animales. 

Il est vrai que visuellement (la question du goût est un autre débat), un avocado toast ou un açaï bowl multicolore fera toujours plus d’effet qu’une simple photo de blanquette de veau. Les acteurs du climat (vous/nous comme les entreprises) ont compris ces tendances et se les approprient pour rassembler et sensibiliser à travers une présence quotidienne sur les réseaux. 

"Tous pour un et un pour tous" ou la magie des réseaux sociaux

Prendre conscience de son alimentation grâce aux réseaux

Les sources d’inspiration pour agir en faveur d’une planète plus propre sont innombrables sur les réseaux. Le compte « Je mange pour le futur » fait partie de ceux qui ont retenu notre attention récemment. Les followers ont pu suivre pendant quelques temps Sasha, une jeune fille fictive qui souhaite tendre vers une alimentation durable au quotidien. Elle nous raconte ses rencontres avec des chefs engagés, ses difficultés à cuisiner des légumes secs (parce qu’on s’est tous retrouvés face à un pot de pois chiches secs sans vraiment trop savoir qu’en faire à part du houmous.), ses questionnements sur la crédibilité du « fait-maison » et des aliments transformés. Elle nous donne des pistes pour assurer une transition douce vers une cuisine plus responsable à la maison. Une série entre fiction et réalité qui analyse les enjeux économiques, sociaux et financiers du « mieux manger » à l’échelle individuelle.

Une initiative, un post et "boom !" une entreprise concrète à impact positif

Grâce aux réseaux sociaux, des initiatives menant à des actions concrètes sont également nées. Le marché vert (@vivelemarchevert sur instagram) est créé en ligne suite aux annonces d’interdiction des marchés en mars 2020. Afin de ne pas laisser les agriculteurs sans canaux de distribution, les créateurs ont lancé une carte interactive qui recense les producteurs autour de chez vous. Les réseaux sociaux ont permis de faire connaître cette initiative et de faire grandir le nombre de points sur la carte. Aujourd’hui, ils sont 14 200 à suivre cette page et à soutenir une agriculture locale. Une application devrait bientôt voir le jour !

Agir pour la planète grâce aux réseaux

#10years challenge

Les réseaux sociaux sont aujourd’hui plus que jamais un moyen d’inciter les communautés à adapter leurs façons de consommer, communiquer sur les actions positives mises en place pour sauver la planète. Les meilleurs exemples sont les challenges écologiques lancés en masse ces dernières années. Il y a tout d’abord le #10yearschallenge. Au départ, il s’agissait de prendre une photo de soi il y a 10 ans et de la comparer à une photo actuelle. Il a été détourné par les réseaux sociaux où l’on a vu fleurir des photos d’un endroit sur la planète il y a 10 ans et du même endroit aujourd’hui. Une manière de sensibiliser les personnes à ce que 10 ans représentent pour notre planète et qu’opérer un changement maintenant, peut ralentir le processus de dégradation dans 10 ans.

#fillthebottle

Dans la continuité de ce challenge, des communautés se sont créées pour nettoyer des espaces naturels pollués. Avec le #fillthebottle ou encore le #cleanchallenge, il s’agit de prendre une photo d’une plage dévastée par les déchets plastiques par exemple puis une photo de cette même plage nettoyée suite à l’intervention d’un ou plusieurs volontaires. Autant d’opportunités qui motivent à faire un geste pour la planète sans pour autant exiger de ne plus jamais prendre la voiture ou d’utiliser de chauffage.  

L'ultime dilemne de l'activiste écolo mais addict aux réseaux

Le paradoxe de cette situation réside dans le support même des réseaux sociaux. La pollution due à la fabrication de nos téléphones et au fonctionnement des serveurs d’internet représente un coût écologique important. La consommation de streaming vidéo (Youtube, réseaux sociaux, pornographie, etc.) représente 1% des émissions mondiales de CO2 selon le think tank The Shift Project. Afin de réduire cet impact, sans arrêter les réseaux, Greenpeace propose quelques solutions sur son site internet. 

Blandine Paris

Pour aller plus loin :

  • Le site Social Electricity tente de mesurer notre impact énergétique sur les réseaux sociaux. Chaque « j’aime » générerait 0,025 watt en moyenne.
  • Un utilisateur des réseaux sociaux sur mobile représente 102 kg de CO2 par an soit 914 km parcouru par un véhicule léger en France (étude Greenspector 2020).
  • 51% de la population mondiale est active sur les réseaux et passe en moyenne 2h30 par jour dessus. Autant exploiter ce temps là pour faire passer un max de messages éco-responsables ! 

Photo : https://lianedanslajungle.com/peut-on-etre-ecolo-sur-les-reseaux-sociaux/

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